Actu

Paris au vert : cinq balades à vélo dans la capitale

Qui a dit que “la plus belle ville du monde” manquait de verdure ? Au contraire, Paris recèle de coins méconnus qui sont autant d’écrins pour les amoureux de la nature et du deux-roues. On vous en dévoile cinq à parcourir le nez au vent et dans le guidon.

PAR PHILIPPE BERKENBAUM. PHOTOS D.R. | 

On file dans la Cité fleurie

Pour voir la vie en vert dans la ville aux cent villages, rien de tel que d’enfourcher un deux-roues au retour des beaux jours. On sait que Paris fut pionnière en matière de vélos partagés, on y trouve des Velib à tous les coins de rue. Mais nous, on vous propose de pédaler aux couleurs de Paris à vélo, c’est sympa !, la petite structure développée avec amour par le Belge Michel Noë – 80 ans et la forme olympique – qui organise depuis dix ans des balades thématiques hors des itinéraires battus.

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, on circule à vélo en toute sécurité à Parisassure cet ancien proprio de la célèbre Libraire des Sciences du Coudenberg à Bruxelles. Il existe de nombreuses pistes cyclables et là où il n’y en a pas, par exemple dans les ruelles du Marais, les automobilistes sont très respectueux des usagers faibles. Guidées par de fins connaisseurs des mystères de Paris, les promenades s’étalent sur une demi-journée dans différents quartiers originaux. Michel Noë propose aussi la location de vélos, pour ceux qui veulent rouler où bon leur semble. Assistance électrique en option.

Coup de cœur : le circuit Paris insolite vous emmène jusqu’à la Cité fleurie, au cœur du XIIIe arrondissement. On y arrive par le boulevard Arago d’où on peine à imaginer ce qui nous attend de l’autre côté du portail de l’entrée. Il s’ouvre sur une trentaine d’ateliers d’artistes construits dans les années 1880 autour de magnifiques jardins secrets envahis d’une végétation dense et semi-sauvage. Les matériaux utilisés provenaient des pavillons de l’Expo universelle de 1878. Gauguin, Rodin ou Modigliani ont notamment vécu et travaillé dans ce havre de tranquillité bucolique, qui faillit disparaître sous les ardeurs des promoteurs dans les années 80, avant d’être sauvé par les riverains puis classé par les Monuments historiques.

Paris à vélo, c’est sympa ! – www.parisvelosympa.fr — 33 (0)1 48 87 60 01

On flâne dans d’autres Cités florales

Ne confondez pas la Cité fleurie avec la Cité florale ou la Cité des Fleurs… À quelques coups de pédales de la première, le même arrondissement cache une seconde merveille, un quartier construit en 1928 sur un terrain régulièrement inondé par la Bièvre, affluent de la Seine. Les grands immeubles en ont été proscrits, au profit de maisonnettes que les habitants ont embellies en y semant des bacs à fleurs.

Les six rues qui forment la Cité florale sont pavées, bordées d’arbres et chaque maison privée possède un petit jardin fleuri, ce qui contraste furieusement avec le modernisme qui s’impose alentour, comme un îlot de verdure qui flotterait hors du temps. Toutes portent un nom de fleur : rue des Iris, des Orchidées, des Liserons, des Glycines, des Volubilis ou square des Mimosas.

On ne quittera pas le quartier sans un crochet par la célèbre Butte aux Cailles, un petit morceau de campagne qui a gardé l’atmosphère d’un village en plein Paris. Il s’agit bien d’une colline, qui culmine à 65 m en surplomb de la Bièvre, jadis recouverte de prairies et de bois avant d’être engloutie par la ville. C’est aujourd’hui un quartier branché dont les rues affichent différents styles particuliers, l’une est ornée de façades colorées qui évoquent le Notting Hill londonien, une autre aligne les maisons à colombages dans le plus pur style alsacien. Beaucoup sont envahies de fresques, le street art est en effet très présent sur les murs de la Butte aux Cailles. Et le soir, les bars y sont joyeusement animés.

On mouline ensuite jusqu’au XVIIe arrondissement pour notre troisième quartier fleuri, celui de la Cité des Fleurs. Le peintre Alfred Sisley y a vécu, les sœurs Dorléac-Deneuve y sont venues au monde. Cette longue et large voie privée ouverte au public en journée (de 7 à 19 h) et le dimanche en matinée (7 à 13 h) aligne les belles maisons et les luxueux hôtels particuliers à l’architecture remarquable — et toujours très fleurie. Accès par la rue de Clichy ou via le métro Brochant, pour ceux qui ont posé le vélo.

On explore la Petite ceinture ou la Coulée verte

Cette voie ferrée de 32 km fut construite sous le Second Empire pour transporter voyageurs et marchandises tout autour de Paris. En 1900, 40 millions de passagers empruntaient chaque année la Petite ceinture. Mais le métro en a eu raison et elle a progressivement été laissée à l’abandon. C’est un immense circuit en friche, dont la majeure partie est officiellement interdite au public mais pourtant facilement accessible.

Une végétation sauvage s’y est développée et de nombreuses espèces animales ont réinvesti les lieux, vu sa proximité avec les bois, les grands parcs ou les cours d’eau — dont la Seine — qui traversent ou entourent la capitale. Si la SNCF en est toujours propriétaire, des sentiers nature ont commencé à y être aménagés depuis une dizaine d’années, notamment dans les XIIe, XVe et XVIe arrondissements. Certains morceaux ont été prêtés aux riverains pour planter des jardins partagés.

Emprunter la Petite ceinture, c’est pénétrer un Paris alternatif et joyeux, livré à la nature, aux œuvres colorées des artistes de rue, aux barbecues improvisés sur le bord des voies désaffectées, aux familles en goguette mais aussi aux tunnels froids et humides où l’on joue à se faire peur.

Cela ne fera que se développer dans les prochaines années : un accord a été signé en 2016 avec la mairie de Paris pour consacrer le principe d’un espace de promenade, de randonnée et de découverte, selon les aménagements qui pourront y être réalisés — dédiés à la mobilité douce, au sport, aux loisirs, à l’agriculture urbaine, etc. Un nouveau tronçon de 6,5 km est en cours de développement dont plusieurs portions seront ouvertes cette année dans le XIVe, le XVIIe et le XXe. Ils permettront de relier la Petite ceinture au bois de Vincennes mais aussi à une autre promenade magique très peu connue même des Parisiens : la Coulée verte Renée-Dumont.

Cette “promenade plantée” traverse tout le XIIe arrondissement sur 4,5 km de long, de la Bastille à la Porte Dorée, en empruntant le tracé d’une autre ancienne voie ferrée. La première moitié est posée sur le Viaduc des Arts et offre un surplomb saisissant sur le quartier, à l’abri de toute circulation automobile. On se croit par moments sur la High Line de New York dont elle s’inspire, la végétation en plus. Accessible aux vélos, c’est une promenade aménagée et agrémentée par endroits d’espaces récréatifs ou de repos, avec des bancs où il fait bon piqueniquer ou lézarder au soleil. Dépaysement garanti.

Principaux accès de la Petite ceinture et de la Coulée verte sur www.equipement.paris.fr. Mais il y en a plein d’autres “officieux” à découvrir en cherchant un peu, notamment sur Internet.

On se ressource à la Recyclerie

Avec ou sans deux-roues, une halte s’impose à proximité, du côté de la porte de Clignancourt. Pas pour les célèbres puces de Saint-Ouen, mais pour une autre curiosité locale, implantée dans une ancienne gare de la Petite ceinture, cette ligne ferroviaire construite au XIXe siècle et aujourd’hui désaffectée. On parle de la Recyclerie, qui se définit comme un tiers-lieu d’expérimentation dédié à l’écoresponsabilité. Ici on mange, on rencontre, on partage, on bricole… de manière intelligente et responsable, résume Marion Bocahut, cheffe de projet, qui nous fait la visite. L’idée était de recréer une jungle végétale autour de ce corridor écologique, dans un quartier surtout marqué par la jungle urbaine, avec un objectif de sensibilisation du public à la biodiversité.

À la fois ferme urbaine avec des poules, des canards, des fermes à insectes et des cultures potagères dont certaines en aquaponie, c’est d’abord un lieu d’accueil et d’échange où l’on vient boire un verre au vert, se restaurer bio, bavarder, apprendre ou simplement flâner. Dans l’immense hall de verre et d’acier entièrement végétalisé ou dans le jardin tout en longueur aménagé le long des quais rendus à la nature.

C’est un lieu de vie ouvert à tous, où chacun peut venir passer du temps sans être jamais obligé de consommer, où le café est à un euro, poursuit notre hôtesse. Les habitants du quartier peuvent y amener leurs déchets organiques pour les transformer en compost et l’Atelier de René — re-né ou renew, on apprécie le jeu de mots — permet aux bricoleurs de venir réparer leurs objets, meubles ou appareils électroniques, en bénéficiant des conseils des deux René qui l’animent.

La Recyclerie, 83 boulevard Ornano, 75 018 Paris — www.larecyclerie.com +33 (0)1 42 57 58 49.

On musarde aux Buttes-Chaumont

C’est l’un des plus grands espaces verts de Paris, sans conteste le plus original et pourtant l’un des moins connus des visiteurs étrangers. Entièrement artificiel, le parc des Buttes-Chaumont a été construit dans le XIXe arrondissement sur des anciennes carrières de gypse il y a tout juste 150 ans, sous la houlette du baron Haussmann qui a dessiné tout le quartier alentours — comme une bonne partie du Paris “haussmannien”. Très vallonné, il offre des vues impressionnantes sur le reste de la capitale, jusqu’à Montmartre et son Sacré-Cœur. Un havre de charme et de beauté.

On le visite en compagnie d’Edwige, une jeune ingénieure-paysagiste qui aime partager sa passion des jardins parisiens. Le parc a été pensé dès le départ pour que les promeneurs aient le sentiment de voyager, explique-t-elle. On y trouve toutes sortes d’ambiances évoquant différentes régions du monde et plus de 2 500 arbres dont beaucoup sont remarquables et ont été plantés il y a un siècle et demi. Il s’y est développé une impressionnante diversité animale et végétale. Selon un inventaire commandé par la Ville, il compte 689 espèces indigènes, dont 122 animales et 42 d’oiseaux.

Conçu comme un paysager, le parc s’étale sur 25 ha autour d’un lac avec des grottes, des cascades et des rivières, des bois et des pelouses, des ponts suspendus – signés Gustave Eiffel –, des folies (maisons de villégiature), pavillons et belvédères, certains transformés en guinguettes et restaurants… Ouvert jour et nuit en été, c’est le rendez-vous des familles, des joggeurs et des adeptes d’arts martiaux “internes”, comme le tai-chi. Il attire la grande foule dès que le soleil pointe, prévient Edwige. Le week-end en été, il faut se lever tôt pour y trouver un coin tranquille. Chiche.

Edwige Riallot — www.lefildesjardins.com — +33 (0)6 78 65 27 93.